12 mai 2007

Critique de Sang d'Irah


compte-rendu de lecture paru sur le blog "Plume Sauvage" :

Encore un roman rapporté de ma virée parisienne qui m'a rendue insomniaque. Pourtant, peu après son achat, on a essayé de me faire peur en me disant que plusieurs personnes n'étaient pas parvenues à lire cette auteur. C'est là qu'on se rend qu'on que d'une personne à une autre, l'approche d'un ouvrage peut vraiment varier à 180 °.
Car j'ai adoré le style, tout simplement !

"Sang d'Irah" est une superbe fresque, très prenante, avec des personnes aux destinées et aux caractères impressionnants, finements retranscrits. Pas de bons ou de méchants ici, rien de manichéens et c'est bien ce qui me plait. Même dans leurs pires actes, les personnages ont leurs raisons d'agir, tour à tour émouvants, pathétiques, convaincants, passionnés, autant de destins qui se percutent pour le meilleur et le pire, plongeant parfois les êtres qui leurs sont le plus chers au bord de la folie ou de la mort. Sans même parler des véritables chocs culturels, par exemple lors de l'apparition de Nicolas, puis de son retour avec des idées 'modernes' qui ne peuvent trouver échos à Nopalep, île hors de l'espace et du temps qui n'a pas évolué depuis des siècles. C'est bien ce que nous décrit l'auteur, une île continent qui sort de son inertie, ce qui entraîne la chûte prévisible de civilisations entières. Elle a superbement rendu, à mon avis, la mélancolie de ces personnages qui prennent conscience qu'avec leur fin c'est un mode entier de croyances et de coutumes qui périclyte.

Et au milieu il reste Duncan, droit et entier, homme d'un autre âge qui pousse l'admiration même chez ses ennemis.

J'ai eu une chance énorme, pouvoir parler de ce livre avec son auteur après l'avoir lu, sur le forum Littérature Fantastique. D'ailleurs, je ne me suis pas cassée la tête, cet article est ni plus ni moins mon ressenti "à chaud" de ce que j'y avais décrit (je suis une feignasse, je vous l'ai déjà dit !).

J'avais donc ajouté une note pour l'auteur sur le forum, dans laquelle j'avouais que je ne savais que répondre à la question posée en dédicace sur le roman lors du salon du livre de Paris... La question était tout simplement de savoir quel serait mon personnage préféré... et si je me retrouverais dans la reine Maryanor.
J'avoue que le personnage de Sail est particulièrement "grand", se dépassant et se consumant par amour des siens, mais tous sont si bien cernés que j'ai éprouvé un réel plaisir à les suivre, même lorsque leurs décisions étaient réellement contestables. Tous ont leurs forces et leurs faiblesses, ce qui les rend à la fois attachants et répugnants. Une belle galerie de personnages !

Je découvre cette auteur donc je ne m'avancerai pas sur ses autres romans. Ca m'a quand même fait une drôle d'impression d'arriver à la fin et de découvrir qu'une suite est prévue, car c'est déjà un roman très dense (je ne suis pas amateur de multilogies). Ce qui est très agréable c'est que l'auteur ne coupe pas la lecture, du genre "à suivre" en plein milieu d'une action. Elle a traité son livre comme un one-shot, ce qui est très respectueux des lecteurs, tout en mettant en place la génération suivante, donc évidemment, pour ceux qui ont aimé, ça met l'eau à la bouche...

Bon, j'ai beaucoup causé là, mais j'imagine Sieglind ou Adu me tomber dessus en me disant "c'est bien mais... ça parle de quoi ?"

Au tout départ, le Prince chevalier Duncan d'Irah rend visite à sa très jeune fiancée la reine Maryanor (alliance politique décidée quand elle était au berceau, mais qui à la grande surprise de tout le monde s'est changée en une véritable passion, arrête de glousser Sieglind, oui on se doute que ce n'est pas une visite de courtoisie).
Le Prince est dans une position délicate car ce mariage peut permettre au royaume de sa douce d'absorber le sien, il a donc déjà pris ses précautions de ce côté. Du coup il sait que cette alliance n'est plus aussi avantageuse aux yeux des dirigeants du royaume de Nicée.
Il a cependant confiance en se rendant auprès de sa dulcinée à sa demande. Mais il déchante car elle a quelque chose de terrible à lui apprendre (de préférence en public devant l'ensemble des pontes du royaume, merci l'humiliation). Car la Reine est aussi la grande prêtresse de Soral, dont le culte règne sur le royaume de Nicée, et le Kassapu (prêtre) de ce culte est parvenu à la convaincre qu'elle devait annuler ses fiançailles pour réaliser le Grand Partage avec le roi Sail, véritable homme-Dieu d'Orkaz, contrée désertique du sud qui s'est allié aux Trolls Lycanthropes du nord dans l'espoir de pouvoir récupérer eaux et terres arables. Le Grand Partage est une cérémonie qui a permis aux Reines, sur des générations, de plier à leur volonté des hommes pour absorber leur peuple et leurs terres en évitant les conflits armés. Mais cette pratique n'a plus eu lieu depuis très longtemps car elle est assez "politiquement incorrecte" (lisez le livre pour avoir les détails !).
Cette décision va avoir des conséquences terribles. Duncan, décidé à rester fidèle à son lien de vassalité, va lui-même livrer le roi Sail à Maryanor, mais cette dernière va suivre son idée et réaliser le Grand Partage malgré tout. Ce que Duncan ne voit pas, c'est que la jeune Reine vit en réalité dans la peur, qu'elle est beaucoup plus solitaire et fragile qu'il n'y parait. Ce qu'elle va faire et subir au cour de la cérémonie et dans les mois qui vont la suivre sera lourd de conséquences...
Ceci n'est que le tout début du roman et je n'en dirai pas plus !

La superbe couverture est signée Luis Royo, elle est à tomber, n'est-ce pas ? Il y a des auteurs qui ont de la chance !

c'est sur http://www.plumes-sauvages.net/article-10354469-6.html#anchorComment (cliquez sur le titre...)

10 mai 2007

Les songes de Tulà : FINI !

J'ai mis le point final c'te nuit. Ouf ! délais et taille tenus... Quel marathon !

05 mai 2007

INTERVIEW : Phenix Mag 14


Phénix Mag n°14 est maintenant en ligne avec ma dernière interview en date.

Avec des entretiens de :
Lucie Chenu
Nicolas Cluzeau
Mélanie Fazi
Alexander Irvine
Serge Lehman
Philip Le Roy
Alexis Lorens
Emmanuelle Maïa
Claire Panier-Alix
Virginia Schilli
Erik Wietzel

téléchargeable sur :


http://www.phenixweb.net/Numero-14

04 mai 2007

APPEL D'AIR, suite...



Je vous engage à lire le très beau texte d'Hugo Bellagamba. Il conclut très bien les cauchemars et inquiétudes que nous avons exprimées dans les textes qui le précèdent... et à 2 jours du scrutin, avec l'ultime offensive des sondages dont on sait qu'ils sont en train de donner des consignes de vote aux indécis, ce texte est carrément visionnaire.

Claire, très mal à l'aise.

PS : la liste des auteurs qui ont signé l'appel est en train de se rallonger, car quelques uns se sont ralliés à nous depuis le début de la semaine. Voici la liste à jour aux dernières nouvelles

Appel signé par Joseph Altairac, Ayerdhal, Stéphane Beauverger, Ugo Bellagamba, Francis Berthelot, Georges Bornand, Jean-Daniel Brèque, Lucie Chenu, Fabrice Colin, Sylvie Denis, Alain Damasio, Catherine Dufour, Gilles Dumay, Jean-Claude Dunyach, Claude Ecken, Mélanie Fazi, Jean-Pierre Fontana, Denis Guiot, Thomas Hervet, Nathalie Labrousse-Marchau, Sylvie Lainé, Claude Leroux, Licorne, Lise N., Jean-Marc Ligny, Claude Marnier, Michel Pagel, Claire Panier-Alix, Olivier Paquet, Laurent Queyssi, André-François Ruaud, Simon Sanahujas, Roland C. Wagner, Vincent Wahl, Joëlle Wintrebert… et raturé par nos dissidents Serge Lehman et Patrick Eris

18- LE SUICIDE DE LA DEMOCRATIE
Ugo Bellagamba


Quand je suis entrée dans la pièce, tous les régimes étaient déjà là. Les
prières le disputaient aux sanglots ; les unes étaient-elles plus sincères que
les autres, il était trop tôt pour en juger. Toujours est-il que la plupart des
régimes m’ignorèrent comme ils l’avaient toujours fait. Leur mépris ne me
touchait plus depuis longtemps. Même le sourire narquois de cette salope
de ploutocratie me laissa de marbre. Ma tristesse que je n’avais l’intention
de prouver à quiconque, occultait tout.
C’est la monarchie qui vint à moi. Sa souffrance ne semblait pas feinte. Elle
me prit dans ses bras, je la laissai faire. Elle avait toujours été un peu
absolue dans ses émois. Je l’aimais bien pour cela.
« Il ne manquait que toi. Viens. »
M’ouvrant la voie entre la tyrannie et l’aristocratie qui, une fois encore, se
disputaient en toute indécence, elle m’amena jusqu’à la gisante, que l’on
avait drapée dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Ainsi, figée dans ses valeurs tutélaires, elle semblait presque… parfaite.
« Qui aurait pu croire qu’elle en arriverait là ? » me dit, à voix basse, la
monarchie.
Moi.
J’ai toujours su que la démocratie finirait ainsi. Qu’elle se donnerait la mort.
Tous les autres régimes, eux, vivent et meurent, emportés les uns sur les
autres dans le grand cycle de la dégénérescence. Elle haïssait
l’Anacyclosis. Jamais elle n’aurait supporté cette fin lente, sans grâce. Nous
en avions parlé maintes fois.
« Comment s’est-elle… », demandai-je, sans pouvoir finir ma phrase.
La monarchie eut un frisson.
« Elle s’est servie de l’arme la plus puissante dont elle disposait. »
Je levai le regard au-dessus de la gisante : l’arme était là, encore
dégoûtante du sang qu’elle avait versé.
« Le suffrage universel… », murmurai-je.
- Direct, précisa la monarchie.
- En plein cœur ?
- Oui. Jusqu’à la garde.
- En seul tour de scrutin. ». Ma voix mourut.
Les monarchies censitaires et parlementaires qui s’étaient approchées pour
épier notre conversation, s’étreignirent avec force : « quelle histoire, quelle
folie ». D’un regard dur, la monarchie absolue les balaya plus loin.
« Qui prononcera l’hommage ? »
La monarchie ne me répondit pas, elle se contenta de pointer l’Autel du
doigt : avec force gestuelle affectée, le Principat rassemblait ses papiers,
préparait sa voix.
C’était plus que je ne pouvais en supporter. Je tournai le dos à la gisante
et, sous le poids des régimes interloqués, me dirigeai vers la porte. La
monarchie absolue ne tenta pas de me retenir. Elle avait compris, je
pense.
J’ai fui le cadavre de la Démocratie, dont je me sentais pourtant si proche.
Après tout, un régime si parfait qu’il ne convenait presque pas à des
hommes, un régime si empreint d’idéal, était-il si différent de moi ?
Une fois encore, j’étais seule, Utopie noyée d’ombres.

01 mai 2007

BONHEUR : Bienvenue petit bout !



c'est le premier mai, il fait beau, tout ne va pas aussi mal qu'on le dit, et je veux croire que l'avenir sera ce que nous en ferons.

aujourd'hui, Eliott Jean Baptiste est né, et rend le reste bien dérisoire, encore que c'est aussi pour lui qu'on doit se bouger le ...

APPEL D'AIR : DES ECRIVAINS DE MAUVAIS GENRE SE MOBILISENT...

je remercie au passage une certaine auteure jeunesse avec qui j'ai eu des mots et qui m'a inscrite sur une liste de diffusion sarkosyste pour m'emm... Ce fut très instructif, de savoir qu'elle y était et de connerie liberticide en général.

Lors des dernières élections j'avais participé au collectif contre l'extrême-droite, il est donc naturel que je participe à ce mouvement de grande inquiètude...

et, fidèle à mon Cyrano : «Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès ! Non, non c'est bien plus beau lorsque c’est inutile !» [ Edmond Rostand ] en tout cas la gueule de bois, je l'aime bien quand c'est moi qui ai choisi le vin et les convives.



APPEL D’AIR
Les écrivains des mauvais genres s’engagent contre Sarkozy


Vous êtes de ceux qui pensent que Sarkozy est le meilleur pour gouverner la France. Vous avez raison. Il est le meilleur — pour le faire croire.
Il n’a nul besoin d’être compétent, sincère ou humain : il lui suffit de produire des effets de compétence, de sincérité et d’humanité.

Sur l’arc de nos sensibilités, une dominante : pour nous, Nicolas Sarkozy est dangereux. Extrêmement dangereux. Dangereux pour les libertés publiques qu’il quadrille et canalise. Dangereux pour le corps social qu’il fractionne, stratifie et oppose bloc à bloc, communauté par communauté. Dangereux parce que la politique qu’il propose est parfaite pour permettre aux plus richement dotés en capital social, médiatique et financier d’appauvrir encore plus cruellement ceux que ce système broie.

En tant qu’écrivains de science-fiction, de fantasy et autres mauvais genres, nous avons une vocation et, qui sait ? une arme de construction massive : offrir des champs de visions — tout spécialement lorsque l’image est fabriquée pour obliger notre perception.
Avec nos moyens, nous cherchons, comme beaucoup, à lire dans le réel ce qui le travaille et dans le présent ce qui tend à lui imposer un futur qui ne propose plus, pour la pensée et pour la vie, le moindre avenir.
Notre appel ne vise pas à ajouter aux débats nos salves d’arguments antisarkozy et nos démonstrations chiffrées, référencées, précises : journalistes probes, citoyens et militants le font déjà, avec force et courage, avec brio parfois.
Il vise à vous offrir des microfictions dures, drôles, parodiques ou glaçantes, écrites au fil de l’urgence et qui dessinent des trajectoires de résistance en nous confrontant à ce qui nous attend. Mots de passe, donc, plutôt que mots d’ordre.



Appel signé par Joseph Altairac, Stéphane Beauverger, Ugo Bellagamba, Francis Berthelot, Jean-Daniel Brèque, Fabrice Colin, Sylvie Denis, Alain Damasio, Catherine Dufour, Jean-Claude Dunyach, Claude Ecken, Mélanie Fazi, Jean-Pierre Fontana, Sylvie Lainé, Licorne, Lise N., Jean-Marc Ligny, Michel Pagel, Claire Panier-Alix, Olivier Paquet, Laurent Queyssi, André-François Ruaud, Simon Sanahujas, Roland C. Wagner, Vincent Wahl, Joëlle Wintrebert… et raturé par nos dissidents Serge Lehman et Patrick Eris



1. Petit précis de génétique-fiction


Grâce à un présidentiable en Zébulition, nous venons d'apprendre qu'un certain nombre de traits singuliers, tels que l'homosexualité ou la pulsion suicidaire, sont dus à des facteurs génétiques. Voilà enfin clairement tranché - et cela sans attribuer un euro de plus à la recherche scientifique - un débat qui occupe psychologues et biologistes depuis des siècles.

Nul doute qu'on puisse ranger prochainement dans la même catégorie :
- les particularités sexuelles
- les déviances gustatives
- les perversions musicales
- le doute scientifique
- les croyances individuelles
- toute contestation de la norme

A partir de là, cependant, plusieurs questions se posent :
- remplacer l'écoute et la réflexion par le martèlement de (contre)vérités arbitraires, est-ce génétique ?
- être notoirement atteint de paranoïa sécuritaire, est-ce génétique ?
- souffler le chaud et l'effroi sur les "bons citoyens" de manière à se hisser au pouvoir, est-ce génétique ?
- employer la violence pour mater une colère qu'on a engendrée par des propos méprisants, est-ce génétique ?
- être monté sur ressorts et bondir d'une chaîne télé à une autre en changeant d'avis comme de casquette, est-ce génétique ?
- sortir son revolver, son fusil à limoger ou sa guillotine à crédits lorsqu'on vous parle de culture, est-ce génétique ?
- compenser la petitesse de sa taille par la démesure de son ambition (Staline mesurait 1m60 ; et son chef de la police, Iejov, 1m 54), est-ce génétique ?

Nous verrons si les cinq années à venir nous apportent là-dessus des réponses définitives.


Francis Berthelot



2. AFP 18/1/2010 - Chomeurs : Seconde génération


Notre Président vient de dévoiler les résultats d'une étude menée à sa demande par le Groupe d'Etudes Scientifiques pour le Traitement Anticipatif et la Protection de l'Ordre.

D'après cette étude, le chômage présente toutes les caractéristiques d'un caractère génétique — il se révèle en tout cas transmissible.
Depuis l'interdiction officielle du chômage pendant plus de 6 mois consécutifs, et la suppression du statut d'intermittent du spectacle, statuts déclaré illégaux et non conformes à l'ordre public, l'ANPE comptabilise encore 6 % de chômeurs irréductibles qui, au vu de la durée actuelle des procédures pénales, n'ont pas encore fait l'objet de poursuites judiciaires. Dans le même temps, l'INSEE en comptabilise 34% dans une étude qui vient d'être rendue publique, 17 mois après sa réalisation.

L'étude porte sur les enfants de ces chômeurs et a été menée rétroactivement sur 5 ans - elle révèle qu'ils sont à la fois de mauvais consommateurs (budget argent de poche inférieur de 30 % au budget moyen dans la même tranche d'âge), de piètres entrepreneurs (leurs futurs employeurs seront moins concurrentiels au plan international), et surtout qu'ils ont beaucoup plus de chances que les enfants issus d'individus sains de devenir chômeurs à leur tour. L'étude recommande la stérilisation des chômeurs de longue durée (sans distinction de sexe), ou, à défaut, l'interdiction pour eux d'avoir plus d'un enfant par foyer - ceci dans l'intérêt même des enfants, et afin que tous les enfants de France puissent être élevés dans des conditions décentes, en bénéficiant d'une couverture sociale.


Sylvie Lainé


3. Onomastique


Ne perdons pas de vue la détermination onomastique.
Car on a beau retourner le problème dans tous les sens, il persiste à se poser.

Koryasz : pas forcément

Rakoszy : vampire

Yskaroz : traître célèbre

Sarkozy : dangereux

Jean-Daniel Brèque

4. BOUYGARDÈRE SA


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Catherine Dufour

5. Pour une démocratie plus propre,
 des élections modernes !




Le Nouveau Gouvernement (www.sarko.gouv.com)
communique :

Pour une démocratie plus propre,
Des élections modernes !

Cher(e)s concitoyen(ne)s,
Comme vous le savez, le nouveau système de vote électronique a été mis en place. Ce système possède l’immense avantage qu’il n’y a plus besoin de sortir de chez soi pour aller voter. Il suffit de se rendre d’un simple clic sur le site www.sarko.gouv.com, rubrique élections, d’entrer son code d’accès* et de cocher le candidat de son choix parmi la liste proposée ! Rien de plus simple !

Nous rappelons que ce nouveau système de vote remplace l’ancien (urnes et bureaux de vote) qui aura disparu le mois prochain. Aussi n’oubliez pas de vous inscrire dès maintenant !

* Le code d’accès vous sera envoyé par e-mail sur simple demande, après vérification de vos données personnelles. Nous rappelons que pour obtenir ce code, il vous faut justifier de :
• Une connexion Internet haut débit
• Un certificat de travail
• Un salaire régulier
• Un compte bancaire positif
• Un domicile fixe depuis 5 ans minimum
• La nationalité française depuis 3 générations minimum
• Un casier judiciaire vierge depuis 5 ans (amendes et infractions comprises)
• Un certificat de santé (physique et mentale) satisfaisant
• Un génome sain
• Un bilan moral (consommation, fréquentations, opinions, etc) positif
• En outre, toute personne ayant fait l’objet d’un contrôle d’identité dans le cadre de troubles de l’ordre public aura son code d’accès effacé par mesure préventive, et devra faire une demande justifiée de son rétablissement à la préfecture.
Vous n’avez aucun justificatif à fournir. Le simple envoi de votre e-mail nous permet de contrôler toutes ces données. À bientôt sur www.sarko.gouv.com !



Jean-Marc Ligny

6 - 1er Mai 2010 : "Succès de la journée de l'identité nationale." déclare le ministre


C'est avec joie que nous constatons que nos concitoyens ont participé massivement à cette journée destinée à resserrer le lien social.

Les données informatiques recueillies grâce aux puces RFID et fournies, conformément à la loi sur la confiance dans l'économie numérique du 21 juin 2004 et ses décrets d'application de 2008, aussi bien par les supermarchés et les sites en ligne confirment que nos concitoyens ont massivement acheté des produits célébrant l'identité de la France et confectionné des plats de nos régions pour le pique-nique national qui leur était proposé.
Les rares trublions ayant organisé des pique-nique de la "gastronomie multicolore" afin de célébrer leurs liens avec leurs ancêtres immigrés non-choisis, ont été arrêtés et jugés en comparution immédiate pour "atteinte à l'identité nationale".
La journée sera reconduite l'année prochaine, et nous savons que nos concitoyens se feront un devoir et un plaisir de montrer qu'ils partagent la même idée de la France et du mode de vie Français.


Sylvie Denis
Texte sous licence Creative Commons by-nc-nd 2.0.




7. Souches rabougries sur la pente droite de la scène


Le hérisson dans le jardin médiatique transpirait des épines et dégageait une odeur de soupçon. Le vieil arbre ramassait les derniers rouages de son labeur mécanique en brandissant sa carte tachée d’une cravache et d’un col blanc. De jeunes pousses, les synapses colorées de promesses flexibles, s’entre-dévoraient. Nous étions nous alors quelque part au-dessus du pays, quelque part au niveau de la terre, lardant nos membres abîmés de banderoles terrifiantes, suivant la trace délébile de nos fusées embarrassées. Les portails majestueux, qui ne comptaient plus depuis longtemps, évaluaient la qualité de l’horizon sur leurs vernis.

Lise N.

8. Sécurité/Impunité (scène vécue à venir)


9h05. Porte de Bagnolet. Signe de la main. Stop. Jolie nana, miam. Elle se gare. Obéissante, miam, miam. Elle baisse sa culotte vitre. J'approche lentement :

— Elle va me donner les papiers du véhicule.

Trouille dans ses yeux. Elle est encore plus mignonne, vraiment. Tu ne sais pas encore précisément ce qui t'attend, pas vrai ma belle ? J'adore. Vraiment. Tour de sa bagnole, la main sur la bite matraque. T'as rien à te reprocher ? Je vais trouver. T'es pressée ? Je te garderai tant que je veux. Tant que je ne te rendrai pas ton permis, tu es à moi. Tant que je le voudrai, tu es à moi. J'ai fini mon tour. J'ai trouvé. Tu es à moi.

— Allez, elle va me faire un petit sourire, et j'oublie l'amende, pas vrai ?
— quelle amende ?
— Votre vignette d'assurance, là, pas à jour.
— Mais je l'ai.
— Elle doit être bien visible sur le pare-brise. C'est pas bien, tss, tss, tss.

Je bande souris. Tu es pressée ? T'as des gosses ? Un mec ? T'aimes te faire reluire, ma belle ? Tu resteras garée, ici, à mes pieds, tant que je le désire. J'y ai droit.

— Allez, un petit sourire gentil au policier, et elle repart libre comme l'air. C'est pas si dur, d'obéir, si ?

Elle obéit, la conne. Elle a compris. Je souris bande. Jolie bouche.

— Circulez ! »

Elle démarre et disparaît. Furieuse et soumise. J'aime bien aussi quand elles protestent. Elles finissent par chialer autant, mais devant moi. Demain, la semaine prochaine, dans un mois, je les ferai sortir de la voiture. Marcher un peu. J'adore.

9h20. Signe de la main. Stop. Jolie nana, miam. Je l'ai bien droite. Je l'ai bien dure. C'est moi qui décide. Décomplexé. Je suis couvert. Vous m'avez voulu.



Stéphane Beauverger



9. « LA GRATUITÉ C'EST LE VOL » déclare le ministre des finances


« La loi sur le préservation de l'économie et la diminution de la dette publique est une loi juste, digne d'une grande démocratie comme la France, » appuie le président. « Il faut préserver notre industrie, notre commerce et nos services contre les ravages de la gratuité. Les revenus des auteurs et des compositeurs ne sont-ils pas en train de plonger à cause de la concurrence déloyale exercée par les artistes qui mettent leur musique en libre accès, contrairement à toutes les règles du marché ? Les ventes des quotidiens ne sont-elles pas en chute libre en raison de la multiplication des sources d'informations gratuites — et, disons-le, le plus souvent douteuses ? Nos artisans ne sont-ils pas menacés par le travail au noir non rémunéré qui se multiplie en catimini ?
« Il devenait urgent de mettre un terme à ces abus qui mettent en péril le pays tout entier. C'est pourquoi, après avoir écouté avec attention les différents acteurs économiques, le gouvernement a décidé d'interdire toute offre de service ou de produit gratuit dès lors qu'il existe une solution payante équivalente. Par conséquent, le don, le prêt et à plus forte raison la copie des produits culturels est interdite, dans le souci de défendre les créateurs contre la véritable spoliation dont ils sont victimes chaque fois qu'une de leurs œuvres est consommée sans contrepartie financière. De même, il est désormais défendu aux associations caritatives de procurer gratuitement nourriture, vêtements ou services pour ne pas concurrencer les commerces et entreprises au bord de l'asphyxie financière. Recourir aux services de l'État sera désormais facturé à l'acte, afin de donner à chacun la possibilité du libre choix dans tous les domaines, y compris celui de la sécurité des biens et des personnes.
« À partir du premier janvier de l'année prochaine, la vente de produits de seconde main sera interdite, afin de protéger les producteurs. Seuls les objets de collection d'une valeur supérieure à cent euros échapperont à cette règle. De fait, brocantes et vide-greniers sont appelés à disparaître en faveur de foires ne proposant que des objets neufs, dans le but de préserver les emplois de ceux qui fabriquent les objets en question. À cette même date entrera en vigueur l'article 17 de la loi qui condamnera sévèrement le travail gratuit, cette plaie de notre société. Aider quelqu'un à, par exemple, refaire le papier peint de son salon sera dés lors passible de 5 ans de prison et de 375 000 euros d'amende, sauf bien entendu à l'intérieur du cercle familial restreint tel qu'il a été défini par la loi sur la famille du mois dernier — c'est à dire limité aux personnes possédant au minimum 50 % d'ADN en commun, les individus prédisposés génétiquement à la malhonnêteté et à l'incivilité étant bien entendu exclus.
« C'est ainsi, mes chers compatriotes, que nous sauverons la France et reviendrons à une croissance positive dès l'année prochaine. En supprimant à jamais l'illusion scandaleuse de la gratuité. »

DÉPÊCHE AFP :
« Un boy-scout qui avait aidé une vieille dame à traverser la rue sans lui réclamer son chèque emploi service a été condamné à trois ans de prison dont deux avec sursis et 10 000 euros d'amende par le tribunal de Nice. Le ministre de l'intérieur, qui estime la sanction bien légère, a demandé au parquet de faire appel. »

Roland C. Wagner
Texte sous licence Creative Commons by-nc-nd 2.0.

10. Machine à s’indigner


Machine à s’indigner fonctionne sous la pression
des réponses précédant les questions, des promesses non attendues, de la sollicitude de qui sait mieux que toi ce qu’il te faut.

Tu travailles, tu produis, tu viens, tu ne peux vendre, gosier ouvert,
homme à remplir .

Chaque entonnoir reçoit son
lot: l’officiel du taxi/so foot/ moto-revue/ mon jardin ma maison/ funérarium magazine/le monde de l’éducation/atout chien/ l’essor de la conciergerie/mille vins mille mets/l’avenir en perce/la gazette du cosmoschtroumpf. Ah les bonnes gens.

Ah les bonnes gens dynamiques aux idées simples ils ont vu ils ont senti de loin, de leur séjour de verre, ils projettent ils étendent partout leur réseau de conduites
forcées

et ça charrie (c’est fait pour ça) de la causalité directe de la persuasion bien de mon coué de la croyance: dépister précocement les déviances/éradiquer proprement les tordus/contrôler évaluer innover manager récompenser/faire croitre le pet-haine-bée
c’que ça charrie varie pas trop…

et ça emporte aussi de la supplication: qu’on les fasse exister par fusion, adhésion pour épiphanie d’énergie/démonstration de motivation pour la chose/danse de coriolis sud nord sud nord sud nord

eux de leur là haut mesurent les flux de promesses (et dépendances), croient dire l'avenir, parfois même croient le produire mais seul leur restera en mains l'inventaire
de leurs outils.

Et nous on veut quoi ? la page ou la piste à sandales ?

On veut quelque chose un peu blanc/éprouver le cisaillement/la souffrance de correspondre.
La pureté on n’y croit pas/mais on veut pas ces pervers là/on veut pas le pervers sûr de soi
On veut garder çui qui bredouille çui qui s’embrouille çui qui chuchote
au téléphone des obscénités dans le noir, espérant croisée qui s'allume. Garder l’honteux besoin du dérisoire :géographe approximatif cherchant la résurgence/avec sa teinture rouge.

Exercice :

Ecouter ce qui nait - l’envie d’allonger la main, de toucher, de caresser, essayer de la retenir.

Décrochement.

La suivre alors par ses voies sans retour, dans le derme, les ligaments, jusqu'à la plèvre.
Et plus discrets encore, ces liquides à leurs rares moments de reflux:
sueur et sperme et salive...

Faibles témoins que rien ne va de soi...

Ni la parole, la parole, la parole…

Vincent Wahl

11. Journal de 20h, le 17 avril 2010
(télédiffusé par TV-GOUV sur les mobiles des français
et les panneaux publicitaires alignés sur la voie publique)


Un forcené a été interpellé ce matin à son domicile. L’individu propagandiste diffusait sur son blog des propos susceptibles de porter atteinte à l’intégrité de l’Etat et propres à troubler l’ordre public. Signalé aux autorités par les moteurs de recherche, ce site a été fermé et la PW (Police du Web) travaille à l’éradication de toutes ramifications pouvant subsister sur la toile. Les ID des internautes s’étant connectés sur ce blog entre le 3 mars et le 16 avril 2010 ont d’ores et déjà été communiqués aux services compétents qui les convoqueront ultérieurement afin qu’ils s’expliquent. En effet, il semblerait qu’à part une poignée de citoyens ayant immédiatement alerté le serveur en utilisant le lien de VC (vigilance citoyenne), plusieurs milliers de visiteurs auraient gardé le silence quand ils n’auraient pas eux-mêmes répercuté les propos du criminel.

Le premier ministre assure qu’il donnera des consignes au juge chargé de l’affaire afin que les peines soient minorées pour ceux qui se manifesteront spontanément, et apporteront leur disque dur afin de faire progresser l’enquête. Des travaux d’intérêt général dans les locaux de la PW pourront se substituer aux peines prescrites dans le Code de Protection Nationale.

L’anarchiste prétendait dénoncer le port obligatoire et la présentation systématique depuis 2009 de la CVIN (carte vitale d’identité nationale). Geste simple, rapide et sécurisant pour la communauté, l’usage des bornes automatiques placées à l’entrée de tous les organismes du service public, cinémas, bars, pharmacies, gares, établissements scolaires et universitaires, ainsi que sur tous les ordinateurs, téléviseurs et réfrigérateurs… reste l’arme la plus fiable et la plus efficace pour lutter contre le terrorisme et l’incivisme. Le ministère restera intraitable face à ce genre de débordements et rappelle qu’aucune amnistie n’est envisagée en juillet prochain.
Pratique et adaptée aux contraintes de la vie moderne, la CVIN centralise désormais dans sa puce les informations bancaires, les données d’identité administrative et génétique de tous les ressortissants français. On sait que le décret d’application n°2010 073 de la loi de mai 2009, longtemps retardé par l’opposition, a enfin été voté : désormais, la CVIN servira aussi de carte d’électeur.
Le malfrat risque une amende de 50 000 euros et une interdiction de connexion de 5 ans, qui sera notifiée sur sa carte, rendant tout login impossible.


Claire Panier-Alix


12. Science-friction


Le journal : Monsieur le Premier Ministre, ne croyez-vous pas que les mesures qui viennent d’être prises soient quelque peu… disproportionnées ?
Le Premier Ministre : Disproportionnées dites-vous ? A une époque relativement récente, certains États n’ont pas hésité à emprisonner, déporter, extrader des individus coupables de pamphlets, et je dis bien pamphlets car, en fin de compte, c’est bien de cela qu’il s’agit, coupables de pamphlets, disais-je, bien moins pervers et virulents que les ouvrages dont il est question. Sous le prétexte fallacieux de situer leur propos dans un avenir incertain, ces ouvrages – ces torchons plutôt, car il ne méritent en aucun cas d’être considérés comme de la littérature – ne sont rien d’autre qu’une insulte à la démocratie, un défi aux lois en vigueur dans notre pays, que la majorité des Français, par l’intermédiaire de leurs députés et sénateurs, ont approuvé, et par dessus tout une incitation à la révolte. Cela, nous ne pouvons le tolérer. Trop longtemps, nous avons fermé les yeux. Trop longtemps, ces faiseurs de cauchemars, ces asociaux, ces pisse-copies ont pu sévir impunément. Il était temps de prendre des mesures.
Le journal : Certains ne vont pas manquer de vous accuser de censure, d’atteinte à la liberté d’expression ?
Le Premier Ministre : Je me doutais bien que vous alliez me poser cette question. Je vous répondrai sans détour. Nous ne censurons rien, nous ne portons en aucun cas atteinte à la liberté qu’ont les citoyens de s’exprimer. Mais il s’agit en l’occurrence de textes pouvant être considérés comme de la pornographie. Ces gens-là déshabillent nos institutions, exhibent les pires ferments de l’anarchisme. Mais que l’on ne s’y trompe pas. Il n’est pas dans nos intentions d’interdire. Nous sommes un pays de libertés. Simplement, pour éviter que ces ouvrages tombent dans des mains innocentes, nous avons décidés une interdiction globale au moins de 18 ans à toute cette littérature et l’interdiction de publicité et d’affichage. C’était le moins que nous pouvions faire.
Le journal : En conséquence, un adulte qui voudra acquérir un roman de science-fiction pourra continuer de le faire sans être inquiété ?
Le Premier Ministre : Naturellement ! Il lui suffira de le réclamer à son libraire.
Le journal : Plus un seul de ces ouvrages en rayon ?
Le Premier Ministre : Nous ne pouvions pas courir le risque qu’un mineur puisse accéder à l’un de ces… livres à l’insu du libraire et, de ce fait, d’être doublement délinquant. Mais rien n’interdira à un libraire de tenir de tels écrits dans son arrière-boutique. Encore une fois, nous n’envisageons pas d’interdire à ceux qui le désirent d’écrire ou de lire ce genre d’insanités. Nous n’emprisonnerons pas. L’époque du Marquis de Sade est bel et bien révolue. Nous sommes dans une démocratie. La majorité d’entre nous a considéré qu’il était d’utilité publique de préserver nos concitoyens. Je crois que nous avons fait preuve de discernement, de prévoyance, de sagesse en adoptant ce texte.
Le journal : Je vous remercie Monsieur le Premier Ministre.
Jean-Pierre Fontana
13. Un ancien dissident à nouveau autorisé à publier

" Après un long traitement d¹optimisation neurale, notre camarade Serge Lehman vient de récupérer sa licence professionnelle " nous déclare ce matin Alain Damasio, le secrétaire général de la section science-fiction du Bureau des Ecrivains pour le Progrès et l'Antifascisme. " Son autocritique assistée par ordinateur, mise en ligne hier soir et consultable par tous, témoigne d'un désir sincère de se racheter pour ses erreurs passées, en particulier son refus de prendre part à l¹effort créatif engagé par tous les auteurs populaires dignes de ce nom pour contrecarrer la candidature du néofasciste Sarkozy en 2007, effort dont la Seconde Révolution qui secoue actuellement l¹Europe peut être considérée comme l¹aboutissement. "

Interrogé lors d¹un forum citoyen transpac en fin de matinée, M. Lehman a exprimé sa gratitude au BEPA : " Sans le traitement neural que j¹ai reçu (et pour le remboursement duquel j¹ai bon espoir d¹obtenir un prêt de l¹AGESSEPA), j¹aurais été incapable de renoncer aux projets qui étaient les miens avant la Seconde Révolution, à savoir jeter les bases d¹une redescription performative de l¹échiquier politique européen. Je serais resté insensible au pouvoir légitime de la caricature et du réemploi lexicologique ­ aux propriétés véritablement révolutionnaires de l¹humour antifasciste. Je remercie mes camarades du Bureau d¹avoir attiré mon attention sur ces données objectives de toute Histoire passée, présente ou à venir. "


Serge Lehman

14. Slam Party débusquée par les forces de l’ordre
Le Web du Gouvernement - Aujourd’hui à 02h20



Hier soir à 22h00, au terme d’une fructueuse enquête, des policiers de la BAC ont découvert une salle de spectacle sauvage. Une bergerie de l’arrière-pays héraultais accueillait concerts, lectures, slam et pièces de théâtre sans déclaration préalable en Préfecture.
Nous rappelons que cette déclaration est obligatoire et que tout contrevenant s’expose à des poursuites, une amende de 50 000 à 200 000 € et une peine de prison de deux à cinq ans.
Venus en nombre, les policiers ont cerné la bergerie. Un concert venait de s’achever, et deux artistes en scène échangeaient sur un rythme de rap des propos outrageants pour les forces de l’ordre et ceux qui les dirigent.
Lumières rallumées, 102 spectateurs et huit artistes ont été dénombrés. On déplore la mort d’un neuvième artiste qui, dans une vaine tentative de fuite, a gagné le toit de la bergerie. Il a été victime d’une chute mortelle. Cet homme, un clandestin originaire du Maghreb, savait bien entendu ce qu’il encourait s’il se faisait arrêter.
Il est très vite apparu que plusieurs des personnes présentes n’étaient pas en règle, leurs puces RFID non actualisées. La plupart apparaissent au fichier des troubles de l’ordre public, incidents de paiement, chômage, etc.
Quant aux artistes, un seul des cinq musiciens est adhérent du SYNAVI, le Syndicat national des arts vivants, et pas un des trois poètes n’appartient à l’AGESSA, qui gère la sécurité sociale des auteurs. Rappelons que faute de cette appartenance aux sociétés de gestion, un jeune artiste ne peut participer à un spectacle sans parrainage d’un affilié et d’une société d’auteurs. Seuls le SYNAVI et l’AGESSA garantissent le professionnalisme des artistes, leur droit à se produire, et un règlement conforme à la loi.
Hier soir, aucun des artistes présents ne pouvait prétendre au statut de « travailleur du spectacle ». Aucun n’avait signé de contrat, aucun ne s’est présenté comme entrepreneur ou président d’association, aucun n’a justifié d’un revenu artistique autorisant sa présence en ces lieux.
En conséquence, les policiers de la BAC ont organisé une navette entre la bergerie et Montpellier où tous les suspects en situation irrégulière sont actuellement en garde à vue, en attendant interrogatoire et jugement.

Joëlle Wintrebert






15. Et les tièdes, je les vomis

Heureux les bas salaires, car les heures sup sont à eux ;
Heureux les miséreux qu'on cessera d'assister, car ressources et initiative
en eux ils trouveront ;

Heureux les primo-délinquants, car ils seront dépistés avant l'âge de trois
ans ;
Heureux les pédophiles, homosexuels et autres pervers sexuels, car la
médecine génétique les soignera ;

Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés de
police et de lois !

Heureux les sans-papiers, car leur retour est assuré ;
Heureux les étrangers, car ils apprendront à préférer leur pays ;
Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel quitte son sol, qui le lui
rendra ? Loin de sa terre il ne sert plus qu’à être jeté dehors, ou foulé
aux pieds par nos hommes ;
Ne cherchez pas à venir en France si vous n'êtes pas qualifiés. Ce n’est pas
un bon arbre qui porte du mauvais fruit, ni un mauvais arbre qui porte du
bon fruit. On ne cueille pas des figues sur des épines, et l’on ne vendange
pas des raisins sur des ronces.

Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ; je suis venu non pour
l'abolir, mais pour l'accomplir à la lettre.
Vous avez appris qu’il a été dit: oeil pour oeil, et dent pour dent. Mais
moi, je vous dis de ne pas résister. Si le gouvernement te frappe sur la
joue droite, présente-lui aussi l’autre.
Heureux l'homme qui est ainsi frappé ! Ne méprise pas la correction de
l'État tout-puissant.

Et n'oubliez pas, Je vous aime parce que vous m'aimez
Je vous aime si vous m'aimez,
et les tièdes, je les vomis.

Nicolas (13 ; 1-20)


Claude Ecken




16. Comment fut-ce possible ?



An 2047, Université de la Sorbonne, cours d’histoire de la politique française du professeur Desmots.

Professeur Desmots : Nous allons aujourd’hui aborder ce que les historiens politiques nomment « l’ère Sarkozy ». Tout d’abord, j’aimerais vous dire qu’il s’agit d’un cours qui me tient particulièrement à cœur puisqu’il nous a été interdit d’évoquer ce sujet pendant plus de vingt ans. Bref, après les trois quinquennats du président Sarkozy, les problèmes économiques et sociaux de la France restaient inchangés, ou bien avaient empiré. De fait, il ne fit que préserver les intérêts de l’élite patronale et inviter émeutes et guérillas urbaines dans le quotidien du pays par le biais d’une répression qui ne fit qu’aggraver les maux qu’elle était sensée juguler. Sachant cela, comment expliquez-vous qu’il ait réussit à se faire élire, puis réélire par deux fois?
Un élève : En organisant ses campagnes électorales autour d’arguments séducteurs et en protégeant leur irréalité par le contrôle des grands médias.
Professeur Desmots : Oui, il s’agit d’une partie de la réponse. Mais ces faits étaient déjà soupçonnés lors de sa première élection, et rapidement confirmés par la suite. Dans ces conditions, comment expliquez-vous ses réélections successives ?
Un élève : Ses réseaux de contrôle, notamment au niveau de l’INSEE, lui ont permis de masquer et de truquer ses bilans. Ensuite, il basait ses programmes sur des notions attrayantes pour le plus grand nombre bien que contradictoires.
Professeur Desmots : Là, vous soulevez un point intéressant avec l’illogisme des programmes successifs du président Sarkozy. Mais comment expliquez-vous qu’après l’immobilisme de son premier mandat, aucun de ses adversaires pourtant progressistes – Mr Bayrou en 2012 puis Mr Besancenot en 2017 – n’ait réussi à l’emporter ?
Un élève : Parce que ses équipes de communication se sont employées à décrédibiliser ses adversaires politiques, avec l’appui des médias télévisés. Et aussi parce qu’il a réussi à l’emporter dans ses débats d’entre deux tours.
Professeur Desmots : Vos réponses sont justes, mais vous effleurez à chaque fois le facteur principal du succès de ce président. C’est sur le travail de son image que le président Sarkozy a remporté ses victoires. Imaginez simplement qu’il a réussi l’exploit de faire voter pour lui des gens qui, fondamentalement, ne partageaient ni ses idées ni ses idéaux. Pourquoi ? En alliant sérénité apparente, confiance en soi, assurance et belles paroles. Cette prestance lui a permis d’esquiver les questions dérangeantes par des réponses annexes, et de contourner tous les défauts de son personnage, son parti et ses programmes, avec un aplomb tel qu’il continuait à convaincre. Ainsi, il ressort de l’ère Sarkozy que ce ne sont ni les bilans, ni les projets qui font le succès d’une élection mais tout simplement l’apparence, quels que soient les méfaits qui se dissimulent derrière, même quand ils sont flagrants.


Simon Sanahujas





17. 21 Mars 201…



Il est temps de prendre le RER pour Paris. C’est vrai que, depuis les 
contrôles, je quitte rarement mon Créteil, vu qu’il est impossible de 
minuter précisément le temps de transport, mais là, c’est l’occasion de 
revoir un vieux pote descendu du Sud. J’attends sous le regard des 
caméras de surveillance. L’une d’entre elles apostrophe un utilisateur 
de sa voix métallique. Je suis trop loin pour entendre ce qu’il a fait, 
sans doute jeter un papier gras ou vouloir allumer une cigarette. S’il 
n’est pas déjà fiché, son image doit rejoindre directement le fichier 
antiterroriste. En ces de récidive, la brigade antiterroriste pourra 
examiner ses courriels et, peut-être, le mettre sous surveillance.
J’écoute un vieux Nick Cave sur mon vieil iPod. Les rares affiches de 
concert ne montrent que des starlettes des shows télévisés visant à 
trouver les “stars de demain”. Il y a longtemps que les disquaires et 
les labels indépendants ont coulé, et l’interdiction de diffusion de 
musique gratuite sur le net a tué dans l’œuf les vélléités des nouveaux 
musiciens. Certains, paraît-ils, donnent encore des concerts privés 
dans des garages, mais il faut suivre les bons réseaux… Des boîtes de 
“coaching” reçoivent des centaines de jeunes qui se saignent aux quatre 
veines pour apprendre comment passer à la TV et avoir une chance de 
devenir une “nouvelle vedette”. On les accepte à partir de quatre ans, 
et encore, il est question de faire sauter cette loi.
Dans le RER, personne ne regarde personne. La majeure partie des 
voyageurs a l’œil rivé sur son mobile, comme d’habitude. Depuis deux 
ans, il est possible de recevoir des minis-clips minutés selon le temps 
de transport ou d’attente. Ce marché brasse des milliards. Certains 
docteurs ont parlé d’addiction. De plus en plus, il arrive que des gens 
se suicident suite à la perte de leur portable, et ceux-ci 
entraîneraient des troubles neurologiques. Personne ne les écoute.
A l’arrivée, il est temps de passer au contrôle. Toujours la même foule 
silencieuse au-dessus des écrans publicitaires braillant leur soupe. Le 
volume me semble encore plus fort que d’habitude. Les rares musulmans 
portent leur badge assorti d’un croissant sur fonds vert. Un sur cinq 
est bien blanc. Devant eux, des regards-éclair brûlants de haine fusent 
parfois pour replonger dans la masse.
J’ai de la chance : pas plus de vingt minutes d’attente au contrôle, 
pas de panne des appareils. J’ai sorti mon passeport biométrique. Comme 
tous les banlieusards, il me faut montrer patte blanche aux contrôles. 
Mon passeport sera analysé par le fichier informatique pour vérifier 
que je n’ai commis aucun délit justifiant un refus d’accès à 
l’agglomération Parisienne. Sur Créteil, 50% des résidents n’ont pas 
droit de se rendre à Paris. La plupart ignorent pourquoi.
Et paf : la machine de contrôle bipe en lorgnant mon passeport. Encore 
un bogue ! Un policier m’enjoint de sortir de la file, poliment — après 
tout, je suis blanc — mais avec une main sur son arme non létale. Je ne 
proteste pas : cela ne me vaudrait qu’un coup de taser. Leur usage 
immodéré a causé une quarantaine de décès l’an dernier, et le chiffre 
serait en constante augmentation. Les spécialistes, lorsqu’on daigne 
les consulter, accusent la mauvaise alimentation accroissant les 
risques cardiaques.
A mon tour, j’ai droit à quelques regards haineux réservés au dangereux 
criminel que je dois forcément être… Et je me retrouve dans la salle de 
confinement du RER, au milieu de visages las. On me dit d’attendre. 
L’ennui, c’est qu’il est impossible de savoir combien de temps. Certes, 
je n’ai rien à me reprocher, mais j’ai tout de même une petite 
crispation à l’estomac. Des fois que le fichier m’ait assimilé à un 
dangereux terroriste… Combien d’erreurs judiciaire déjà ? Impossible de 
le savoir, puisqu’on n’est conscient de l’erreur que lorsqu’on l’a 
trouvée. Combien échappent au crible ? Il y a un mois, on a libéré un 
père de familles détenu depuis cinq ans : le juge automatique des 
peines, ces ordinateurs qui remplacent peu à peu les magistrats en 
chair et en os censés entraver la bonne marche de la justice, n’avait 
rien vu. Pour compenser, une chaîne a fait de ce brave homme le héros 
d’une série de téléréalité ou on le filme en train de profiter de tout 
ce dont il a été privé pendant sa détention : bons repas, yachts, 
voyages, apparition dans des clips de stars… D’après un sondage, 83% 
des téléspectateurs voudraient être à sa place.
Bon, j’ai un bouquin et mes boules Quiès pour éviter le matraquage des 
écrans. Les boîtes de pub ont tenté de faire passer une loi interdisant 
le port d’appareils visant à contourner le flot publicitaire et de 
rendre leur port passible d’amende. La loi a été refusée, mais les 
avocats ont passé un recours. Prions.
Pas moyen de me concentrer sur mon bouquin. Alors je prends un des 
exemplaires du Monde qui traîne sur une table. En première page, la 
dépression d’une starlette d’un show TV visant à découvrir l’actrice de 
demain, ou la chanteuse de demain, je ne sais plus. En-dessous, une 
manchette triomphante proclame un taux de chômage au plus bas : 3,4%. 
Je feuillette les autres titres. Encore trente morts dans une fusillade 
en Iran. L’état-major dit avoir fait des “progrès significatifs”, comme 
il le dit depuis deux mois. On discute d’un augmentation des forces de 
paix. La France se dispute toujours avec les dirigeants des USA et de 
Grande Bretagne sur la définition d’”ennemis combattants”. La “notion 
de génocide nécessaire” est en train de faire son chemin dans les 
esprits, même si les autorités la rejettent encore. Chez les alliés 
Anglo-Saxons, trois millions de musulmans sont encore détenus dans les 
“camps de reconditionnement”, où ils sont soumis à une propagande 
Catholique continue. Vingt pour cent se convertissent la première 
année. Quinze pour cent se suicident (ou sont suicidés, dit Amnesty 
International, qui est désormais interdite dans vingt-quatre pays) Je 
me souviens de l’époque où on disait qu’ils voulaient “détruire notre 
civilisation”… Les rafles de SDF et de petits délinquants ont du mal à 
alimenter le flot de chair à canon. On parle de remettre sur pieds un 
service militaire, puisqu’il y a deux ans que les USA l’ont réinstauré. 
Avec des passe-droits pour les “forces vives de la nation”, bien sûr. 
Qui, en général, habitent Neuilly.
Je feuillette le reste du canard en me souvenant de l’ère de Beuve-Méry 
et des blagues de Desproges. 50% est consacré aux humeurs des nouvelles 
stars déjà plus très fraîches, avec de grosses photos. En page 
économie, un économiste rage contre les 3,4% de chômeurs qui tirent la 
croissance vers le bas : à 12%, on peut mieux faire. Il insiste sur la 
nécessité de “serrer” les salaires et de mettre fin à la scandaleuse 
période de quinze jours d’emploi avant tout licenciement. C’est le 
“Mal Français”.
La natalité baisse. Les couples se font rares. Un sociologue parle 
d’absence de dialogue entre hommes et femmes et la difficulté de fonder 
une famille lorsqu’on peut être envoyé travailler à droite ou à gauche, 
redoutant le même mal qu’au Japon au début du siècle. Le pays du Soleil 
Levant reste menacé de désertification, et ses immenses conurbations 
sont devenues des villes fantômes peuplées principalement d’émigrés 
Chinois et Coréens, ceux que ne rebutent pas les fréquents attentats 
racistes.
L’heure tourne, et je ne suis toujours pas plus avancé.
— Hé, toi ! Tu viens !
C’est un policier à l’air teigneux qui vient d’apostropher un Noir. 
Celui-ci relève la tête, les traits creusés sous son bonnet.
— Je ne vous ai pas dit de me tutoyer, Monsieur, répond-il.
Les autres ont un hoquet de surprise et de frayeur. Le policier braque 
aussitôt son taser.
— Non, mais y veut un régime de faveur, Bamboula ?
Un policier qui me semble plus gradé appelle son collègue d’un air 
mécontent. L’autre maugrée et le suit dans les profondeurs du centre. 
Cinq minutes plus tard, deux agents à l’air gênés emmènent le Noir. Pas 
un mot ni un geste déplacé de leur part. Où l’emmènent-ils ? Je ne le 
reverrai plus.
L’heure tourne toujours. Adieu mon rendez-vous. Je vais peut-être rater 
mon dernier RER et devoir passer la nuit dans un cercueil. C’est ainsi 
qu’on surnomme ces hôtels au rabais importés du Japon, ou on dort dans 
une espèce de tube surnommé “cocon” où il y a à peine la place de se 
coucher. Ils servent surtout aux Nomades, ces travailleurs que l’on 
envoie aux quatre coins de la France au gré des demandes d’emplois. Les 
grandes chaînes qui se partagent le marché hôtelier font un chiffre 
d’affaire colossal. Détail amusant, 89% de leurs employés habitent 
eux-mêmes des “cocons”.
J’ai raté mon RER. Des heures que je suis là, sans savoir ce qu’on me 
reproche exactement, sans savoir si je vais finir en prison (Je suis 
trop âgé pour être envoyé au front, heureusement !) Inutile 
d’interroger les policiers les plus amènes : ils n’en savent pas plus 
que moi.
Au-dehors, la foule continue de s’écouler sous les brailleries des 
écrans. Aucune expression : des visages moulés, personne ne regarde 
personne, pas un mot n’est échangé. Aux dernières statistiques, chacun 
d’entre eux subira au moins une garde à vue dans les deux années à 
venir et se retrouvera peut-être à ma place. Le délai peut varier de 
quelques heures à une semaine. Le prix à payer, dit-on, pour éviter 
crime et terrorisme. Ils s’en contentent, tous. Heureux d’être 
protégés.
Après tout, n’ont-ils pas réélu leur CHEF avec 72% des voix ?


Patrick Eris

30 avril 2007

Politique : attention liberticide en vue !


Bon, normalement je ne fais pas de politique. La dernière fois que j'ai pris position en public c'était pour participer à la pétition contre Le Pen, aux dernières élections.

cette fois, c'est plus insidieux mais ça ne m'inquiète pas moins. D'ailleurs, je sais que certains de mes proches se sont laissés bernés par les beaux discours démagos qu'on nous offre, et ne se rendent pas compte de ce que cela cache (et qui se cache de moins en moins d'ailleurs, ce qui me glace encore plus le sang.). Pour exemple, ce communiqué :

Communiqué de la Maison des Ecrivains:

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Dans le journal gratuit “20 minutes” du 16 avril, figure une interview de Nicolas Sarkozy. Entre autres sujets, il y parle de l’université et prend pour exemple de filière inutile, et qui ne devrait plus être prise en charge par les fonds publics, l’enseignement de la “littérature ancienne” :

« Vous vous fixez comme objectif de ne laisser aucun enfant sortir du système scolaire sans qualification. Comment comptez-vous parvenir à cet objectif ? Par exemple dans les universités, chacun choisira sa filière, mais l’Etat n’est pas obligé de financer les filières qui conduisent au chômage. L’Etat financera davantage de places dans les filières qui proposent des emplois, que dans des filières où on a 5000 étudiants pour 250 places.

Si je veux faire littérature ancienne, je devrais financer mes études ? Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si au bout il y a 1000 étudiants pour deux places. Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable mais l’Etat doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes. »

http://www.20minutes.fr/article/151848/20070416-France-Le-Pen-ne-m-interesse-pas-son-electorat-si.php



Ne prenons pas à la légère ces déclarations du candidat de l’UMP. Pour lui, l’Etat n’a pas à assumer le prix de la culture.

Son jugement sur le « plaisir de la connaissance », opposé à l’utilité ou à la rentabilité érigées en principe politique, manifeste une ignorance et un mépris dangereux qui menacent le socle de toute société démocratique. Il avertit les artistes et les penseurs, nous écrivains, en particulier, du sort qu’il réserve à la culture, la littérature au premier chef, et à leur transmission par l’Education nationale

Tous les chefs d’Etat, jusqu’ici : Charles De Gaulle, Georges Pompidou, François Mitterrand comme Jacques Chirac ont, chacun à leur manière, exprimé leur attachement à l’héritage intellectuel et artistique qui fonde l’identité française. Ils ont écrit, se sont revendiqués de la poésie, du roman, de l’art.

Dans le contexte déjà alarmant que dénonce notre Appel Filières littéraires, une mort annoncée ?, la gravité de cette déclaration ne peut nous laisser d’illusions. Elle engage la communauté littéraire et éducative à se mobiliser.

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et ce n'est pas le pire.
moi, je ne veux pas vivre dans une France où on a le choix entre Sainte-Sego la menteuse Démago , et Sarkozy 1er, si sûr de lui et de ses appuis qu'il n'a même plus à cacher ses projets liberticides (c'est pour notre bien, car il nous aime, pas vrai ?)
je ne veux pas vivre dans un pays où je suis obligée de choisir le moins pire pour échapper aux extrêmes, et aux extrêmes des extrêmes.
et ça me fait chier grave, parce que depuis toujours je prône aux ados dont j'ai la charge qu'il ne faut pas se plaindre, car on vit dans le pays le plus libre et démocratique du monde.

28 avril 2007

Les songes de Tulà : J... J + ?

argh et re-argh ! ce que je redoute à chaque fois que je suis en train de terminer un roman est arrivé ! je me suis fait putschée par l'un de mes personnages...
je n'ai aucune volonté...
du coup, j'ai pris du retard, je dois revenir un peu en amont, détricoter, remailler...

en plus, pour ne rien arranger, il fait beau, les zoziaux chantent, les amis me sollicitent sans arrêt pour aller manger un bout ou boire un verre en terrasse...

Tiens, hier soir, dîner super sympa aux Lilas avec des lecteurs, Jacques Sirgent (spécialiste des vampires) et quelques auteurs des éditions Nuit d'Avril dont Emmanuelle Maia dont j'ai beaucoup aimé le roman "Resurgences"...

bon, je vais me fustiger sévèrement et me remettre au travail, saperlipopette !

21 avril 2007

Mots de lecteurs : ça fait du bien par où ça passe


message lu ce matin sur le forum psychovision.com (lien en cliquant sur le titre ci-dessus), signé Roanne

"Je l'ai terminé cette nuit (3h30 du matin, de mieux en mieux, c'est quoi ces écrivains qui rendent leurs lecteurs insomniaques, non mais je vous jure ?).
C'est une superbe fresque, très prenante, avec des personnes aux destinées et aux caractères impressionnants, finements retranscrits. Pas de bons ou de méchants ici, rien de manichéens, et c'est bien ce qui me plait. Même dans leurs pires actes, le persos ont leurs raisons d'agir, tout à tout émouvants, pathétiques, convainquants, passionnés, autant de destins qui se percutent pour le meilleur et le pire, plongeant parfois les êtres qui leurs sont le plus chers au bord de la folie ou de la mort. Sans même parler des véritables chocs culturels, par exemple lors de l'apparition de Nicolas, puis de son retour avec des idées 'modernes' qui ne peuvent trouver échos à Nopalep, qui n'a pas évolué depuis des siècles. C'est bien ce que nous décrit l'auteur, une île continent qui sort de son inertie, ce qui entraîne la chûte prévisibles de civilisations entières ou de mode de fonctionnement. Elle a superbement rendu, à mon avis, la mélancolie de ces personnages qui prennent conscience qu'avec leur fin c'est un mode entier de croyances et de coutumes qui périclyte.
Et au milieu il reste Duncan, droit et entier, homme d'un autre âge qui pousse l'admiration même chez ses ennemis.
Note pour l'auteur : je ne sais que répondre à la question que tu m'as posée en dédicace sur le roman lors du salon du livre de Paris... J'avoue que le personnage de Sail est particulièrement "grand", se dépassant et se consumant par amour des siens, mais tous sont si bien cernés et 'disséqués' que j'ai éprouvé un réel plaisir à les suivre, même lorsque leurs décisions étaient réellement contestables. Tous ont leurs forces et leurs faiblesses, ce qui les rend à la fois attachants et répugnants. Une belle galerie de personnages !"


et un autre sur le forum de raxxon http://www.raxxon.com/Forum/viewtopic.php?p=52665&sid=6e5ff8073b22943838184796772d1124

20 avril 2007

Les songes de Tulà : J-3

Le rythme s'accélère, la fin approche, l'intrigue se dénoue... Et je me rassure. Je tiendrais les délais malgré cette année folle-folle qui a rendu mon écriture cahotique.
Allons allons...
Je m'accorderai juste le break électoral de dimanche pour aller respirer ailleurs après avoir voté (eh oui, je suis du matin, je n'attendrai pas 18h, moi...) avant de conclure mon pacte avec Quetzalcoàtl lundi ou mardi prochains.
Ensuite, j'aurai tout le mois de mai pour repasser ma copie, traquer les fioritures inutiles, les tics habituels, lisser l'ensemble, rajouter un peu de vie aux dialogues, le boulot habituel avant de passer la main au big boss...
J'ai hâte d'en avoir terminé pour pouvoir me remettre à mes textes en cours, laissés en plan l'an dernier...

19 avril 2007

PROCHAINE DEDICACE : 23 JUIN à VENDOME

Structure organisatrice :
Association Imaginaire en Loir-et-Cher

Partenaires :
Librairie Page 10/2 (Vendôme)
Librairie Faëries (Tours)

Concours de nouvelles :
• Jusqu’au 30 avril, les adolescents de la 4ème à la terminale doivent écrire la suite d’un texte fantastique écrit par Hervé Jubert, écrivain jeunesse (remise des prix le 23 juin)

Exposition :
• Du 18 au 30 juin, exposition des œuvres de Philippe Caza à la bibliothèque de Vendôme, parc Ronsard

Cinéma :
• Vendredi 22 juin, 14 h, projection du film Gandahar, dessins de Ph. Caza, au cinéma Le Ronsard de Vendôme ;
• Vendredi 22 juin, 20h, projection du film Le labyrinthe de Pan (3 Oscars) de Guillermo del Toro, en version originale (espagnol) au cinéma Le Ronsard de Vendôme

Conférence :
• Vendredi 22 juin, 20h30, conférence sur les risques climatiques entre Didier Paillard, climatologue au CNRS, Philippe Caza, et un écrivain de science-fiction, à la Salle des Fêtes de Fréteval

Dédicaces :
• Samedi 23 juin de 10h à 19h, dédicaces, rencontres et jeux avec une vingtaine d’invités écrivains et illustrateurs sous le marché couvert de Vendôme

Spectacle :
• Samedi 23 juin, 20h30, Histoires de fées : contes et histoires par Pierre Dubois, elficologue aux Greniers de l’Abbaye de Vendôme.


Renseignements : 02.54.67.01.83
imaginaireenloiretcher@laposte.net

18 avril 2007

Les songes de Tulà : compte à rebours... J-5

si je m'en tiens à mon planning actuel, le roman sera bouclé dans 5 jours, et je commencerai les corrections lundi.

ouh !

c'est la dernière ligne droite, je tourne un peu autour, mais tout est limpide, les derniers passages sont clairs dans ma tête et se couchent assez docilement sur le clavier de mon fidèle macbook.

à suivre...

Citations du jour : Bergson, Sartre, les autres et la création littéraire



Ah si c'était vrai !
L'écriture, n'a besoin ni de labels, ni de formatage, ni de signalétique pour folâtrer librement face à un lectorat enfin laissé à la joyeuse autonomie de son choix !
Madeleine Chapsal


L'écriture est une délivrance qui, phrase après phrase, mot après mot, devient un esclavage.Alain BOSQUET (Le verbe est un navire. Paris, Éditions du Rocher, 1998, p. 198)



Celui qui est sûr, absolument sûr, d’avoir produit une œuvre viable et durable, celui-là n’a plus que faire de l’éloge et se sent au dessus de la gloire parce qu’il est créateur, parce qu’il le sait et parce que la joie qu’il en éprouve est une joie divine. Si donc dans tous les domaines, le triomphe de la vie est la création, ne peut-on supposer que la vie humaine a sa raison d’être dans une création qui peut, à la différence de celle de l’artiste et du savant, se poursuivre à tout moment chez tous les hommes : la création de soi par soi, l’agrandissement de la personnalité par un effort qui tire beaucoup de peu, quelque chose de rien et ajoute sans cesse à ce qu’il y avait de richesse dans le monde”.H. BERGSON


L’écrivain, qu’il le veuille ou non, est un homme engagé dans l’univers du langage.
Nommer, c’est faire exister, disait Sartre dans La Responsabilité de l’écrivain (conférence à la Sorbonne, 1946). Ecrire, nommer, c’est changer, transformer. L’activité littéraire est donc éminemment – et forcément – une expérience de la liberté. Cette liberté étant concrète, elle varie suivant les époques. L’analyse de Sartre incite à prolonger la réflexion sur la situation contemporaine. La responsabilité de l’écrivain, c’est cela : l’écrivain est engagé dans son rapport au langage. Nommer n’est pas innocent. Nommer, c’est choisir. La justification de l’acte d’écrire se trouve dans cette conscience de l’engagement, qui est aussi postulation de liberté, de liberté concrète.
L’écrivain est un homme libre qui s’adresse à d’autres hommes libres. Que cette liberté soit opprimée, ou que l’écrivain choisisse de se réfugier dans l’art pour l’art, et la littérature se fait elle-même oppression, ou simple ornement destiné à conforter la classe dominante. De quoi doit parler l’écrivain ? se demande Sartre et pourquoi de ceci plutôt que de cela ? « Pourquoi veux-tu changer la manière dont sont faits les timbres-poste plutôt que la façon dont est traité le Juif dans un pays antisémite ? » Pour Sartre, un livre est un appel à la liberté. Pour que, cinquante ans plus tard, on ne puisse pas dire : « Ils ont vu venir la plus grande catastrophe mondiale et ils se sont tus », il faut que l’écrivain « assume la fonction de perpétuer, dans un monde où la liberté est toujours menacée, l’affirmation de la liberté et l’appel de la liberté ».

Je crois qu'on écrit parce qu’on ne sait rien faire d’autre.Patrick MODIANO (Pourquoi écrivez-vous ? Libération, mars 1985, p. 68)


Ecrire n'est-ce pas se lever au milieu de la nuit, parmi les choses réelles et irréelles, proches et étrangères, aller jusqu'au bout de sa folie, troubler le sommeil des gisants, annoncer l'aube ?Jean SULIVAN (Consolation de la nuit. Paris, Gallimard, 1968, p. 117)


Qu'est-ce qu'un écrivain ? C'est quelqu'un qui ne sait pas son métier, ou du moins qui s'efforce de faire toujours ce qu'il ne sait pas.Madeleine CHAPSAL (Les écrivains en personne. Paris, René Julliard / Union Générale d'Editions, 1973, p.5)


Le fou d'écriture rêve d'être une ombre pour épouser l'eau. De cette union, naissent les livres.Edmond JABES (Le livre des questions, I. Paris, Gallimard, 1988, p. 87)


J’écris pour la même raison que je respire, parce que si je ne le faisais pas, je mourrais.Isaac ASIMOV (Pourquoi écrivez-vous ? Libération, mars 1985, p. 47
)

Réflexions désabusées d'un auteur, à méditer...

Je viens de lire ces quelques lignes signées Christian Grenier, et comme je les partage pour l'essentiel, je relaye...


Noosfère, 18 avril 2007, Christian Grenier :

Censure... suite !

Aujourd’hui, on l’aura compris ( lire la niouzeletter de mars 2007 ), la censure la plus insidieuse semble être celle que s’imposent les auteurs ! S’ils veulent être publiés, ils évitent les sujets qui dérangent ; malgré leurs qualités, certains récits sont rejetés par les éditeurs parce qu’ils ont peu de chances d’être vendus !
Ainsi, mon roman Ecoland, dans une version longue destinée à l’origine à un lectorat adulte, a fait l’objet, il y a vingt ans d’un rapport de lecture ( de la part d’un éditeur trop connu pour que je le mentionne ici ! ) qui s’achevait par la phrase : « votre roman est fort et très original ; ce sont ces deux raisons qui nous empêchent actuellement de le publier. »
Etonnant, non ?

Que veulent publier les éditeurs ?

C’est hélas la question que se posent des auteurs avant d’entreprendre la moindre écriture. Ainsi, mon camarade Eric Sanvoisin, qui aime le fantastique et la SF, me confiait, très dépité, pendant le récent Salon de Lamballe :
— Désormais, face à plusieurs refus successifs, je n’envoie plus de manuscrits spontanés. Avant de rédiger quoi que ce soit, je téléphone à l’éditeur pour savoir si le sujet de mon futur ouvrage lui convient !
Autrefois, les éditeurs prenaient des risques. Ils publiaient parfois des textes en confiant à l’auteur :
— Votre roman a peu de chances de se vendre ( ou encore : « les commerciaux n’y croient pas »... ou encore : « les représentants ne feront pas la promotion d’un tel ouvrage » ). Mais tant pis ! Nous aimons beaucoup ce récit et nous le publions... on verra bien !
De façon inattendue, le succès était au rendez-vous, preuve que le goût des lecteurs est heureusement imprévisible.
Qui aurait cru, il y a trente ans, dans l’avenir de romans comme La guerre des poireaux ? Ou, il y a quinze ans, dans celui de Coups de théâtre ou du Pianiste sans visage ( la musique classique ! Pour des jeunes ! ) ?


Aujourd’hui, peu d’éditeurs se lancent dans l’inconnu. Il y a quelque temps, face à la vente décevante de certains de mes romans de SF, une jeune directrice littéraire m’a déclaré :
— Pourquoi n’écrivez-vous pas des histoires de sorcières ? De monstres ou de dragons ? Il suffit que l’un de ces mots figure sur le titre de l’ouvrage pour que les ventes décollent !

Que veulent lire les lecteurs ?

Cette question, ce sont surtout... les éditeurs qui se la posent ! Le plus terrifiant, c’est que la plupart ont une idée précise de ce que les lecteurs attendent ; ils ont donc, face à des manuscrits, une lecture spontanément orientée vers ce qu’ils croient que les lecteurs aimeront.
C’est évidemment – à mes yeux – terrifiant !
Il est vrai que les lecteurs me font parfois des reproches : ils attendaient une autre conclusion, ils jugent le roman inachevé, ils sont déçus par tel ou tel aspect du livre, ils auraient aimé...
Je leur déclare alors de façon très provocatrice :
— Stop ! Je n’écris pas pour vous faire plaisir. Je ne cherche pas à raconter des histoires susceptibles de vous séduire. J’écris pour proposer des univers, des réflexions. J’écris pour partager mes angoisses, mes espoirs, mes convictions. J’écris pour soumettre des questions qui m’obsèdent. Le plus souvent sans livrer de réponse. Mon espoir est que les lecteurs y trouvent un écho, quitte à ce qu’ils soient surpris, déçus, décontenancés. Je n’écris pas pour plaire mais plutôt pour déranger...

Des propositions de corrections et/ou... d’amélioration !

Il y a trente-cinq ans, la plupart de mes manuscrits étaient publiés sans qu’on y change une virgule ! Aucun de mes ouvrages destinés aux adultes n’a fait l’objet de la moindre modification de la part d’un directeur littéraire, ni mes essais Jeunesse et science-fiction ( 1972 ), La SF ? J’aime ! ( 1981 ), La science-fiction, lectures d’avenir ? ( 1993 ) ou le récent La SF à l’usage de ceux qui ne l’aiment pas. Mes ouvrages de fiction Auteur auteur imposteur ( Denoël, 1990 ) ou Partir pour Edena ( L’Atalante, 2000 ) sont sortis sans aucune retouche !
La Machination, en 1972, a été, sur la suggestion de la directrice littéraire Marie-Hélène About, amputée d’une seule phrase : une comparaison entre mon héros Lionel Kancel et le fameux « Hollandais Volant » de Richard Wagner, condamné à errer éternellement sur l’océan, une référence littéraire et musicale qui aurait passé au-dessus de la tête des lecteurs de douze ans.
Trois ans plus tard, toujours aux Presses de la Cité, face à mon manuscrit Le Satellite venu d’ailleurs, la même éditrice m’a confié :
— Le comité de lecture juge que le journal intime du vieil astronome est un peu long. Pourriez-vous lui consacrer moins de place ?
J’ai révisé ma copie. Deux mois plus tard, très naïvement, Marie-Hlène About m’apprenait :
— Les rapports de lecture sont excellents ! Mais la majorité déplore que le journal intime du vieil astronome soit trop court. Pourriez-vous le développer un peu ?


J’ai redonné ma première version... et c’est encore celle-ci qui est republiée ( chez Milan-Poche )... après des ventes régulières, soit 32 ans de rééditions !
Mais voilà... depuis quelques années, tout particulièrement dans le domaine jeunesse, les demandes de modifications semblent de plus en plus importantes, comme s’il s’agissait de proposer un récit « sur mesure ».
Un temps, je me suis remis en cause : après tout, me disais-je, c’est probablement ta qualité littéraire qui baisse ! Sans doute écrivais-tu mieux autrefois !
Et puis ( faut-il s’en rassurer ? ), je me suis aperçu que la pratique devenait plus que courante : elle se généralisait ! Pour des raisons qui semblent parfois très étranges à l’auteur.

Obéir à l’éditeur, refuser... ou tricher ?

Pour ma part, je suis toujours attentif aux remarques et aux suggestions des éditeurs ou/et de leurs lecteurs. Il arrive qu’elles soient pertinentes : tel passage est long, ou trop complexe : j’ai ainsi définitivement amputé trois pages d’analyse psychologique dans Le cœur en abîme. D’autres fois, je frise le clash : le directeur littéraire d’Hachette Jeunesse voulait obstinément que je retire le dernier paragraphe de Virus LIV 3 ou La mort des livres. J’ai refusé, au risque de ne jamais voir l’ouvrage sortir. De la même façon, un peu plus tard, j’ai refusé de sauver la vie d’un de mes personnages de Un amour d’éternité, la directrice littéraire souhaitait que je modifie complètement la fin de mon ouvrage... ce qui lui retirait tout son sens !
D’autres fois, je contourne la difficulté, avec l’impression que devaient avoir les auteurs des « pays totalitaires » contraints d’avancer masqués ! Etrange, dans un pays où la liberté d’expression semble régner...

Une réécriture parfois longue.

Un auteur sort rarement indemne d’une réécriture forcée, surtout quand il a l’impression qu’elle n’a pour objectif que servir « le cœur de cible ».
De plus en plus, je consacre davantage de temps à la réécriture qu’à la rédaction d’origine.
Les lecteurs me demandent souvent :
— Comment faites-vous pour trouver des idées ?
Ou :
— Combien de temps mettez-vous pour écrire un livre ?
La vérité est hélas ailleurs : les idées ( du moins en ce qui me concerne ) ne sont jamais un problème. Le problème, c’est de disposer de temps, de liberté pour écrire. D’être dans un état d’esprit serein, de se sentir suffisamment dynamique et motivé pour le faire...
L’écriture est le plus souvent un plaisir. Revoir soi-même sa copie est à la fois indispensable et difficile. Mais quand il s’agit d’obéir à des injonctions ou à des conseils qui semblent mal justifiés ou peu convaincants, c’est terrible ! Car on y consacre alors énormément de temps... et l’on n’est pas toujours content du résultat !
Au fait, je me demande si je suis pas en train de livrer aux lecteurs des secrets qu’ils devraient ignorer. Ces révélations et réflexions ne seraient-elles pas dangereuses à dévoiler ?


le site de Christian Grenier : http://www.noosfere.com/grenier/

16 avril 2007

Les grands esprits se rencontrent... au Mexique

Tiens, on vient de me signaler que R.E. Howard évoquait lui aussi Teotihuacan (lieu où se déroule mon roman de fantasy historique "Les Songes de Tulà"), dans l'une de ses lettres publiées dans le courrier des lecteurs de "Weird Tales", publiée dans le numéro de janvier 1931 :

"I was particularly fascinated by the poem by Alice l'Anson in the latest issue", writes Robert E. Howard from his home in Texas. "The writer must surely live in Mexico, for I believe that only one familiar with that ancient land could so reflect the slumbering soul of prehistoric Aztec-land as she has done. There is a difference in a poem written on some subject by one afar off and a poem written on the same subject by one familiar with the very heart of that subject. I have put it very clumsily, but Teotihuacan breathes the cultural essence, spirit and soul of Mexico." [Mr Howard is right: Alice l'Anson, author of the poem Teotihuacan, lives in Mexico City. - The Editors. ]






merci à mon ami Fabrice Tortey, et à Rusty Burke, éminents spécialistes de REH, pour les documents et l'info.

14 avril 2007

PRODUCTIVITE

Chouette semaine de vacances : pratiquement terminé mon roman, écrit une nouvelle, bouclé ma participation à une préface, bouclé une interview, fait le grand ménage, bougé les meubles, bu un coup avec des potes, retrouvé une amie d'enfance, acheté un smartphone, et regardé quelques dvd divers et variés.

pourvu que la 2e semaine soit aussi productive et apaisante, parce que la rentrée sera rude : dernière ligne droite avant le bac pour mes lycéennes, deux grosses réunions en famille qui ne manqueront pas de raviver l'absence obsédante de mon père, mon manuscrit à boucler et corriger (avec l'attente du verdict qui va avec) etc..

et, les éléctions.

09 avril 2007

News diverses

Marc Bailly m'a interviewée au salon du livre de Paris pour la revue Phénix, à paraître...

Comme je l'ai annoncé il y a quelques jours, le conservateur du fond français de la bibliothèque nationale va ouvrir un fond à mon nom où figureront mes manuscrits, carnets, annotations, cartes, pour sang d'Irah et la chronique insulaire. Je vais lui envoyer tout cela prochainement, avec, pour l'Echiquier d'Einär et Sang d'Irah, les versions intègrales (tous les passages qui ont été coupés, dont les fameuses 60 pages manquantes de Sang d'Irah).

J'ai participé à une table ronde qui était rectangulaire, ce dimanche 8 avril 2007 à Mons (Belgique), avec Stan Nichols, sur l'influence de Tolkien sur la fantasy moderne. Débat fort intéressant...

COMPTE-RENDU FESTIVALS

photo (c) Sylvie Miller




Il est des périodes où rien ne va, où l'on a du chagrin, où la météo est devenue folle, où les collègues de travail méritent plus de baffes que les élèves, où l'on est triste, où l'on resterait bien sous sa couette, et où l'on ne pense qu'à dormir, ne plus se réveiller...

Heureusement, j'ai un atout de taille, une sorte de joker qui sauve à tous les coups :

non, ce n'est pas l'écriture... Elle, c'est ma soeur de déprime, ma soupape, ma squizo perfide.

(photo (c) Mélanie Fazi)

non, c'est mieux que ça : les amis.

Et des amis, j'en ai beaucoup. Des vieux amis, qui savent vous porter et vous dérider en toutes circonstances. De ces vieux frangins de longue date, ceux qui partagent, qui savent, qui ont aussi leurs galères, mais à qui on n'a pas besoin d'en parler, parce qu'on se comprend, et qu'on sait que ce qui compte, quand on est ensemble, c'est de refaire le monde, de faire des pieds-de-nez au monde et aux cons qui le peuplent, c'est de délirer, de savoir reconnaître dans les bizarreries qui nous entourent ces petits riens qui vont vous stimuler, vous faire rire, vous faire réfléchir, vous donner des idées saugrenues...

Ces 4 dernières semaines, bien que j'aie dû annuler deux séances de dédicace parce que j'étais trop mal, j'ai participé à 3 salons.

MOURMELON (Dampierre en Champagne), qui m'a permis de rencontrer des auteurs jeunesse, de retrouver le dynamique et achtement sympathique Philippe Halvick (l'un des rares qui soit capable de prendre une photo de moi où j'ai une figure humaine, celle qui illustre ce blog), et de papoter avec de nouveaux lecteurs, et leurs parents (je salue ici la maman de Quentin, qui se reconnaîtra si elle repasse sur ce blog, et que j'embrasse fort. M'ame, vous ne vous en rendez pas compte, mais votre enthousiasme et votre gentillesse, c'est quelque chose ! j'espère que le concert des Naheulbeuk, samedi soir, vous aura plu, vous que j'ai retrouvée à Mons 3 semaines plus tard !)

LE SALON DU LIVRE DE PARIS : incontournable rendez-vous annuel qui me permet de retrouver ma deuxième famille, les Nesti.

et ce weekend, TROLLS & LEGENDES, à Mons (Belgique) : comment décrire le plaisir de retrouver la chaleureuse amitié de Philippe Ward, écrivain et grand manitou des éditions Rivière Blanche; celle de Sylvie Miller (voir photo), qui repértorie avec la rigueur qui la caractèrise les cyclotronnesques dérives de notre triste monde. Ces deux-là vont sortir prochainement un recueil de nouvelles écrites à 4 mains, j'aurai l'occasion d'en recauser. Qui d'autre ? Jérôme "Globullllle" Lamarque (un L ? deux L ? rien que pour le faire râler je ne trancherai pas), calme réfléchi et grand ami qui tempère tout et sait si bien relire mes premiers jets... Laurent Whale (bon lui, c'est un gredin, et en plus il écrit de la SF. Mais j'ai le droit d'aimer les gredins aussi), Mélanie Fazi (heureusement pour les autres, elle écrit peu, parce qu'elle écrit si bien, ses textes sont si forts et denses, que la concurrence en deviendrait insupportable :-)) et l'inénarrable Hystrion, Christophe Besly, dont les avis sont la plupart du temps plus que justes. Et comment évoquer tout le monde ? Michel Borderie, Alain le Bussy, Denis Labbé...

(photo (c) ActuSF: Sylvie Miller, Mélanie Fazi, Philippe Ward et moi)


lors de ces festivals, les batteries se rechargent. On n'y va pas pour vendre des bouquins. On y va pour retrouver les potes, je viens de le dire, mais surtout pour rencontrer les lecteurs. C'est réconfortant, rassurant, régénérant. Indescriptible. Bien sûr, il y a la satisfaction de faire découvrir à des inconnus, dans l'espoir qu'ils aimeront et voudront bien lire la suite. Mais avant tout, il y a les retrouvailles. Ces lecteurs qui font le déplacement pour vous seriner : "alors, quand sortira le dernier tome ?", pour vous expliquer qu'ils ont été touchés par votre travail, ou pour se jeter sur les tomes qu'ils n'ont pas réussi à dégotter en librairie (putain de diffuseur !). Ceux qui passent juste pour vous saluer, avec un petit "celui-là, j'ai beaucoup aimé" et qui n'en disent pas plus, aussi intimidés que vous.

(photo (c) ActuSF : Mélanie Fazi et moi)

et puis il y a des rencontres, émouvantes, avec des "pointures", et cette réalité qui se confirme à chaque fois : ce weekend, j'ai rencontré Alan Lee et Stan Nichols, immenses, humbles, adorables... alors que je connais tant et tant de soi-disant auteurs (un volume publié chez Tartempion, peu ou pas du tout distribué, et qu se donnent de l'existence sur les forums ou autres blogs) qui se la racontent, et qui sont odieux de bêtise, de prétention et de mythomanie.

Ah...
photo (c) Sylvie Miller

Il est des périodes où rien ne va, où l'on a du chagrin, où la météo est devenue folle, et dans ces périodes-là, ça fait du bien de sortir de chez soi, de chausser ses bottes d'auteur en vadrouille, de partir à l'assaut des festivals bruyants, surpeuplés, où vous avez soit trop chaud, soit trop froid, où on vous donne de la bière quand vous rêvez d'un café, où vous ruminez que vous préféreriez être dans votre lit, alors qu'au fond, il n'y a rien de meilleur que ces dédicaces, ces délires, ces discussions, ces embrassades, ces clins d'oeil, ces ragots, ces échanges pleins de chaleur.

Merci à tous

et un spécial merci à Valérie Frances et à son équipe : ce festival Trolls et Légendes 2007 fut une réussite de plus, et j'en garderai un souvenir vivifiant.

02 avril 2007

Festival Trolls & Légendes, Mons, 7 et 8 mars 2007




Je serai en dédicace ce weekend au festival Trolls & Legendes, à Mons, Belgique.

Gardant un souvenir enthousiaste de ma précédente participation à cet événement (ils sont chouettes, les Belges : chaleureux, sympas, accueillants... et leur bière à elle seule vaut le détours), je suis très contente d'y être à nouveau invitée.




Ce sera ma dernière séance de dédicace avant l'automne. J'ai annulé les autres, pour me concentrer sur mes manuscrits en cours qui ont pris pas mal de retard : 2006 avait été difficile, 2007 a mal commencé, il est temps que je fasse la nique aux aléas et me concentre sur mon travail.

Ce weekend, après avoir fait le point, j'ai constaté avec plaisir que mon roman maya était quasi terminé. Encore une quinzaine de jours, voire 3 semaines pour la relecture, et je pourrai l'envoyer à mon dir de collection.
Lui et moi sommes d'ailleurs tombés d'accord pour le titre, mais chut... Il est encore trop tôt pour le dévoiler.

Ainsi, je pourrai me remettre à SANG D'IRAH 2 : L'ETENDARD EN LAMBEAUX dès cet été. Deux mois de travail et ce sera enfin terminé. Enfin... Je l'espère, car je n'ai jamais vécu autant de difficultés avec un roman. Mon deuil récent ne va pas faciliter les choses, puisque les personnages vivent la même chose avec le décès de Duncan d'Irah. Mais boucler ce cycle me fera du bien.

Ensuite, RRRRRHHAAAAAAAAAAAA ! je pourrai enfin me consacrer à ce projet de roman fantastique sur Paris qui me tarabuste depuis... depuis... Ouh la la ! déjà 5 bonnes années !